Désillusionnée avant l'âge, je dégueule sur la facticité des sentiments. Epargner moi les euphories grotesques. Je suis l'allégorie de ma propre déprime, l'incarnation du laisser-aller et du desespoir. Que dire du bonheur? Rien. Ca emmerde le monde. Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Vous êtes jaloux, mesquins. Je ne vais pas vous retranscrire les adorables bêtises qu'on se débite à longueur de journées, ni décrire sa façon de replacer mes mèches derrière mon oreille, la douceur de sa joue contre la mienne, et son regard plongé dans le mien ... Vous voyez, je tombe très vite dans les mauvais clichés. Joue contre jour, yeux dans les yeux, main dans la main ... Ce qu'on est con quand on aime ! Ce qu'on est niaiseux, mielleux, fleur bleue, inactif, improductif, égoïste, aveugle et sourd ! L'humanité souffre. Le monde est une vaste plaine après un carnage, jonchée d'agonisants qui râlent et qui se tordent. Les hommes, les gens déambulent, anonymes, et dissimulent une plaie béante sous leurs airs impassibles. Le bonheur ... L'homme n'en entrevoir que des apparences, celles qu'essaie de lui donner le voisin. Le bonheur est une illusion d'optique, deux miroirs qui se renvoient la même image à l'infini. N'essayez pas de remonter à l'image d'origine, il n'y en a pas. Le sentiment ressenti et pris pour le bonheur quand on est amoureux, quand on a réussi quelque chose, c'est le sursis avant de comprendre l'erreur : l'être aimé ne ressemble à rien, ce que vous avez réussi ne rime à rien. Cela ne vous rend pas malheureux, mais conscient... Le bonheur ne se finit pas, il se rectifie. Nous avons inventé la lumière pour nier l'obscurité. Nous avons mis les étoiles dans le ciel, nous avons planté des réverbères tous les deux mètres dans les rues. Et des lampes dans nos maisons. Eteignez les étoiles et contemplez le ciel. Que voyez-vous? Rien... Et cela vous angoisse. C'est angoissant d'être en face de l'infini. Rassurez-vous : vos yeux s'arrêteront toujours sur les étoiles qui obstruent leur vision et n'iront pas plus loin. Aussi ignorez-vous le vide qu'elles dissimulent. Eteignez la lumière et ouvrez grands les yeux. Vous ne voyez rien. L'obscurité n'est pas hors de vous, elle est en vous. Et pourtant luisait en moi l'étincelle moqueuse d'un espoir indéfini, qui par instant me faisait oublier le goût amer de la moelle pourrie du monde, petite étincelle ténue, seule barrière entre moi et l'autodestruction. Bien que vouée aux affres du pessimisme, aux abîmes de la vérité, je vivais. Je vis encore. Chaque matin, je me dégage des bras enchanteurs de Morphée, pétrifiée à l'idée de ces heures interminables qui s'égrèneront lentement jusqu'à ce que je puisse me replonger dans l'oubli bienfaisant d'un nouveau sommeil ... .L'humanité souffre ,, et je souffre avec elle. [...]

